17/12/2025

Investissements en intelligence artificielle et data en France : comment sont-ils réellement répartis ?

Pourquoi la cartographie des investissements en IA et data en France suscite autant d’intérêt ?

Début 2024, l’intelligence artificielle (IA) s’est hissée au sommet des priorités économiques et politiques en France. Portée par le secteur privé comme public, la vague d’investissements n’a jamais été aussi puissante. Mais à qui profite vraiment cette manne ? Quels sont les secteurs et acteurs qui captent la plus grande part du gâteau ? Où l’argent public et privé s’oriente-t-il ? Les réponses à ces questions sont essentielles pour comprendre les prochains axes d’innovation, anticiper l’impact sur l’emploi, et ajuster vos propres priorités stratégiques.

Montant total et évolution des investissements en IA et data en France

L’investissement global consacré à l’IA et à la data en France n’a cessé de croître ces dernières années, accéléré par l’adoption des grands modèles génératifs, le dynamisme de la French Tech et l’intervention de l’État.

  • 8,5 milliards d’euros investis en France dans l’IA et la data en 2023, tous acteurs confondus, selon France Digitale et le Cabinet Roland Berger.
  • +40 % de croissance annuelle entre 2022 et 2023 sur les investissements en IA (France Digitale).
  • Le Gouvernement a annoncé, dans le cadre du plan “France 2030”, 2,5 milliards d’euros alloués sur 5 ans rien que pour l’IA, dont la moitié pour la recherche, la formation et l’émergence de champions nationaux.
  • Selon l’OCDE, la France est le 2e investisseur européen en IA, derrière le Royaume-Uni, mais devant l’Allemagne.

Si la tendance se poursuit, la part de l’IA dans les investissements IT des entreprises atteindra 25 % début 2025, bien au-delà du cloud ou de la cybersécurité (source : IDC France).

Qui investit ? Les acteurs clés et leur poids relatif

Le paysage des financeurs en IA/data en France repose sur trois piliers essentiels :

  • Grands Groupes et Entreprises du CAC 40
  • Startups et Scale-ups de la Tech
  • État et collectivités publiques

Les grands groupes : locomotive incontestée

  • Près de 50 % des investissements privés dans l’IA sont réalisés par 30 entreprises françaises majeures, dont Orange, Thales, BNP Paribas ou Dassault Systèmes (source : Syntec Numérique).
  • Le secteur bancaire et assurance concentre à lui seul 18 % des investissements (Roland Berger).
  • L’industrie (automobile, énergie, défense) pèse pour 32 % des investissements privés, motivée par la maintenance prédictive, la conception ou la cybersécurité industrielle.

Startups et scale-ups : accélérateurs d’innovation

  • La French Tech a levé plus de 1,3 milliard d’euros sur des projets IA/Data en 2023. Mistral AI a concentré une part importante (plus de 385 M€ sur l'année).
  • Plus de 425 startups “pures IA” recensées en France (BNP Paribas/France Digitale) avec une dynamique forte dans la santé, la cybersécurité, le retail et le marketing.
  • Seulement 0,9 % des startups françaises atteignent le million d’euros de chiffre d’affaires annuel sur une solution purement IA (France Digitale).

L’État, catalyseur incontournable

  • Le plan France 2030 prévoit 2,5 milliards d’euros jusqu’en 2027, répartis entre R&D (50 %), appels à projets sectoriels, équipements mutualisés (cloud, supercalculateurs) et incubation de startups deeptech.
  • Les universités et laboratoires publics français bénéficient de financements à hauteur de 600 M€ sur 3 ans dédiés à la formation supérieure en IA, d'après le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
  • France 2030 vise la formation de 1 500 chercheurs supplémentaires en IA d’ici 2027.

Répartition sectorielle des investissements : qui sont les gagnants français de l’IA ?

Les priorités d’investissement évoluent très vite. Plusieurs secteurs se détachent nettement par le volume des fonds captés.

Secteur Part des investissements IA/Data en France (2023) Cas d’usages dominants
Banque & Assurance 18 % Détection de fraude, scoring crédit, automatisation back-office
Industrie (automobile, aéronautique, énergie, défense) 32 % Maintenance prédictive, robotisation, IoT, jumeaux numériques
Santé & MedTech 8 % Diagnostic assisté, data des essais cliniques, biosurveillance
Retail & E-commerce 12 % Recommandation produits, prévision, logistique intelligente
Services publics & Secteur public 11 % Optimisation administrative, télémédecine, analyse de données territoriales
CNT (communication, médias, télécoms) 7 % Analyse sémantique, détection fake news, réseaux intelligents
Autres (incl. cybersécurité, transport…) 12 % Détection menaces, véhicules autonomes, gestion de trafic

(Source : Roland Berger, Syntec Numérique, IDC France, rapport France IA)

Focus : la nouvelle dynamique des fonds publics et européens

L’investissement public ne se limite plus à la recherche. Il finance également la création d’écosystèmes concrets, l’accès à des infrastructures critiques et la montée en compétences massives.

  • Supercalculateurs et cloud souverain : L’État investit 480 M€ via le plan France Relance pour le HPC (calcul haute performance) et 300 M€ pour développer l’offre cloud souveraine, essentielle à l’IA générative (Exemple : projet Bleu de Capgemini et Orange – Source : La Tribune).
  • Programmes européens : Le programme Digital Europe (2,2 milliards € d’ici 2027) finance des hubs IA, la mutualisation des data sets publics et des supercalculateurs partagés (source : Commission européenne).
  • Autres leviers : Appels à projets Bpifrance (41 projets IA/Data lauréats en 2023, dont des deeptech en santé, véhicule autonome et logistique intelligente).

Les logiques de consortium gagnent du terrain, obligeant les PME et ETI françaises à se positionner collectivement pour capter ces financements stratégiques.

Stratégies d’investissement : comment l’IA transforme les budgets des entreprises françaises ?

  • Explosion des Proof of Concepts (POC) : 4 entreprises françaises sur 5 déclarent avoir lancé au moins un POC IA en 2023 (IDC/Syntec), mais seules 27 % ont industrialisé l’usage.
  • Modèles de financement nouveaux : Les directions métiers investissent de plus en plus directement – et non plus uniquement la DSI. En moyenne, 34 % des budgets IA/data sont pilotés “côté métier” (source : McKinsey France).
  • Externalisation : Le recours à des prestataires et éditeurs experts (AWS, OVHcloud, Dassault Systèmes, Sopra Steria) concerne 64 % des groupes français pour des projets Data/IA à l’échelle.
  • Partenariats écosystémiques : Alliances entre grands groupes, startups et laboratoires académiques financées à hauteur de 290 M€ en 2023 (France Digitale/Bpifrance).

À noter : la demande de profils data scientists et AI engineers explose – mais la pénurie reste critique, ce qui explique en partie le choix de certains acteurs de financer la formation sur-mesure ou d’accentuer l’externalisation.

Perspectives : où vont les prochains investissements ?

Au-delà des chiffres, il se joue aujourd’hui une compétitivité stratégique. Trois tendances lourdes à retenir pour anticiper les prochaines vagues d’investissements :

  1. Explosion des modèles génératifs et des assistants IA : Les plus gros tickets en 2024/2025 iront vers le développement et l’industrialisation de modèles de langage (LLM), les copilotes métiers, la traduction automatique et la génération de contenus sécurisés. Bpifrance, Amadeus Capital ou Eurazeo ciblent ces thématiques dans leurs fonds d’investissement spécialisés.
  2. Industrialisation massive de la data et de la cybersécurité : Les budgets explosent dans la gestion des données sensibles, la souveraineté et la conformité (RGPD, IA Act européen). Selon l’ANSSI, près de 22 % du budget Data/IA des 250 plus grandes entreprises françaises a été réorienté vers les outils de protection avancée en 2023/24.
  3. IA au service de la transition écologique : Les financements verts montent en puissance (75 M€ fléchés dès 2023, dont IA pour l’efficacité énergétique, prévention des pollutions, smart grids — source : ADEME).

L’arrivée progressive de clusters IA territoriaux (Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Métropole Européenne de Lille) amplifie ces tendances et crée des poches d’attractivité pour les entrepreneurs et les jeunes diplômés.

Pour aller plus loin : les ressources à explorer

La répartition des investissements en IA et data reste inégale mais se diversifie très vite. Pour les décideurs, métiers et porteurs de projets, suivre cette évolution c’est s’assurer de placer ses efforts au bon endroit, au bon moment. Nouvelles tendances, financements émergents, écosystèmes en mutation : la carte de France de l’IA se redessine mois après mois.

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